Neutralité carbone : la nouvelle étoile polaire

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Stephanie Maier, Directrice mondiale de l’investissement durable et d’impact, évoque les engagements pris en vue d’intensifier les efforts en matière de lutte contre le changement climatique qui ont suivi la COP26 alors que s’impose la nécessité d’agir.

03 décembre 2021

La nécessité d’accélérer sans attendre la transition vers la neutralité climatique mondiale est désormais largement reconnue. Dans un rapport publié en octobre, les Nations Unies ont souligné que, sur la base des engagements actuels, le monde s’achemine vers un réchauffement climatique de 2,7 °C, faisant de la COP26, chargée de maintenir l’objectif de 1,5 °C, la plus importante réunion sur le climat de tous les temps.

Durant la conférence, certains des plus grands émetteurs, dont l’Inde, la Chine et les États-Unis, ont revu à la hausse leurs engagements. Si les médias se sont surtout fait l’écho de l’objectif visé par l’Inde d’atteindre la neutralité carbone en 2070, ses engagements à plus court terme (50 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 et baisse de 45 % de l’intensité carbone de l’économie) dénotent un changement de cap majeur.

De même, la déclaration commune de la Chine et des États-Unis de renforcer leur collaboration dans la lutte contre le changement climatique et d’accélérer la réduction des émissions a été importante, sachant que le Président chinois ne s’est pas déplacé à Glasgow. Il y a également eu de nouvelles déclarations concernant la déforestation, les émissions de méthane et l’accélération du déploiement des technologies propres.

Par ailleurs, le secteur privé a explicitement apporté son soutien à des problématiques aussi diverses que la déforestation ou le charbon, tandis que nous avons assisté à un certain nombre d’engagements public-privé. Cette approche davantage collaborative et la reconnaissance accrue du rôle du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique marquent un changement de paradigme important.

La question n’est plus de savoir pourquoi il faut lutter contre le changement climatique, mais de décider comment s’y prendre. Pour de nombreuses entreprises, la neutralité carbone est la nouvelle étoile polaire. Pour élaborer leurs plans d’action climatiques, les entreprises s’axent davantage sur l’évolution des attentes des parties prenantes et des consommateurs que sur les exigences politiques ou réglementaires, et reconnaissent que la transition présente certes des risques, mais aussi et surtout des opportunités.

Climate Action Tracker Warming Projections - augmentation de la température mondiale d'ici 2100

 
Source : Climate Action Tracker (2021). Le thermomètre CAT. Novembre 2021. Disponible sur : https://climateactiontracker.org/global/cat-thermometer/ Copyright © 2021 par Climate Analytics and NewClimate Institute. Tous droits réservés.

La volonté du secteur privé de contribuer au financement s’est manifestée tout au long de la COP26, à l’image de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) qui a annoncé par l’intermédiaire de Mark Carney la mobilisation de 130.000 milliards USD pour la lutte contre le changement climatique d’ici 2050. La GFANZ représente notamment des établissements financiers qui se sont engagés à fixer des objectifs, mais les résultats atteints par rapport aux engagements seront déterminants. Néanmoins, ce chiffre représente un net progrès par rapport aux 5.000 milliards USD proposés par le Royaume-Uni, qui a présidé la COP26 en partenariat avec l’Italie.

Ce niveau d’engagement est un signal de ce qui nous attend. Nous quittons un environnement politique relativement stable pour nous aventurer sur le terrain inconnu de l’action politique qui sera menée autour du secteur financier et de l’économie réelle. Le caractère ordonné (ou désordonné) de cette transformation dépendra de la cohérence et de la clarté des politiques.

Qu'est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Nous devrions nous attendre à des exigences plus strictes en matière de publication et de critères. Si l’harmonisation à venir des normes d’information sur le développement durable du nouveau Sustainability Standards Board de l’IFRS Foundation est la bienvenue, elle ne donnera pas une vue d’ensemble suffisamment complète de ce qui nous attend.

La question est de savoir si cela entraînera une amélioration de la qualité des données ou seulement davantage d’informations. Peu avant la COP26, le Royaume-Uni avait annoncé qu’il serait le premier pays du G20 à imposer aux grandes entreprises la publication des opportunités et risques climatiques, conformément aux recommandations du TCFD (groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat), avec une entrée en vigueur prévue en avril 2022. Et lors du Climate Finance Day, le ministre britannique de l’Economie Rishi Sunak a souligné que 35 autres pays avaient fixé un calendrier pour introduire la publication d’informations relatives au climat. Alors que nous cherchons à aligner nos investissements sur la neutralité climatique, le critère déterminant sera de savoir si ces normes influencent les décisions d’investissement ou encouragent simplement la transparence.

La période entre aujourd’hui et 2030 devra être plus que la décennie de l’action. Ce devra être aussi la décennie du détail. Les mesures et méthodologies servant à évaluer les progrès et les trajectoires sectorielles vers la neutralité carbone doivent évoluer et nous devons collaborer pour aborder collectivement cette période de transformation.

Le statu quo n’est pas envisageable. La théorie des limites planétaires n’est pas nouvelle, mais dans les faits, il nous faut aujourd’hui l’équivalent de 1,6 Terre pour vivre, ce qui a déjà de profondes répercussions sur le climat, la biodiversité, l’eau et les autres ressources naturelles. L’idée selon laquelle « le chemin à parcourir depuis Glasgow est plus important que le chemin parcouru vers Glasgow » sonne juste à de multiples égards.

La prochaine COP, qui aura lieu à Charm el-Cheikh, sera encore plus importante, tout comme le sera chaque COP jusqu’à ce que le monde réduise ses émissions et que des actions concrètes soient menées pour tenir les engagements pris.

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Stephanie Maier

Global Head of Sustainable and Impact Investment
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